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Déjà, sous l'antiquité, dans le cadre imposé par la Pax Romana, les
décisions des juges étaient appliquées par des officiales. Ceux-ci étaient
répartis sous différents titres selon leurs fonctions. Ils avaient pour
noms viatores, executorum latium, cohortales, statores; parmi eux les plus
remarqués étaient les apparitores et les executores.

 Les apparitores avertissaient le peuple pour les rassembler
lors des jugements. Ils introduisaient les plaideurs et assuraient la
police des audiences, c'est-à-dire qu'ils rétablissaient le silence
lorsque les voix s'enflaient de trop.

Les executores avaient pour tâche de s'emparer (de saisir)
des biens des débiteurs récalcitrants ou même de les conduire en
prison.
Puis la Pax Romana s'écroula sous le flot des nombreuses invasions
barbares et la Justice privée réapparut...
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Au Moyen-Age, petit à petit, le royaume s'organisa autour d'un ensemble
de hiérarchies qui chacune établit sa propre organisation judiciaire. La
Justice, attribut essentiel du pouvoir, se rendait alors sous la bannière
de la multiplicité. Les lois se personnalisèrent selon qu'elles furent
royales, seigneuriales, ecclésiastiques ou communales.
Pourtant, dans toutes ces différentes juridictions, une certaine unité
permettait de représenter le pouvoir. Pour cela, il fallait des agents
jouissant d'une autorité incontestée. Nos officiales romains furent
alors transformés en bedeaux, serviens, semonceurs (les semonces étaient
les ancêtres des exploits, les actes d'aujourd'hui), puis en sergents et
en huissiers.

Les sergents devaient mettre en forme les demandes des
plaideurs et exécuter les décisions rendues par les juges, mais ils
s'occupaient plus particulièrement des significations dans les
juridictions seigneuriales.
 Les huissiers (dont le nom vient de "l'huis", la
porte) sûrs et attentifs, avaient la charge du service intérieur des
audiences et de la police des tribunaux
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Puis, progressivement, les huissiers devinrent les officiers des
juridictions importantes tandis que les sergents furent relégués aux
juridictions de second ordre. Leurs compétences s'élargirent, et il
devint de plus en plus difficile de tous les regrouper en une seule catégorie.
Comment alors les différencier ?
Quelles étaient leurs caractéristiques ?
Différents symboles permettaient de les distinguer :
On pouvait les reconnaître à leurs manteaux bigarrés puis rayés et à
leur " verge ".
Un décret datant de 1327 raconte que l'huissier devait avoir un bon
cheval de la valeur de 100 livres, des armes suffisantes et une " verge "
de la valeur de 50 livres. Une ordonnance de mai 1425 précisait par
ailleurs qu'ils devaient être mariés, tonsurés et porter
continuellement leur costume rayé.
L'huissier était un des symboles de l'autorité royale. Mais, c'était la
" verge " qui était la principale caractéristique de
l'autorité de l'huissier. Il s'agissait d'une sorte de petite baguette
ronde, en ébène, longue d'une trentaine de centimètres garnie de cuivre
ou d'ivoire.
Les huissiers devaient toucher, d'après un décret datant de 1568, " ceux
auxquels ils auront la charge de faire exploit de justice ".
C'est d'ailleurs de là que vient le mot " exploit "
transformé par la suite en acte. (Le premier texte législatif qui
prescrivit de rédiger des exploits et d'en laisser copie fut l'ordonnance
de Villers-Cotterets)
De plus, et si l'on en croit Rabelais, ils portaient un anneau d'argent au
pouce gauche. Cet anneau leur servait à sceller les relations de leurs
exploits.
Dès que l'huissier avait touché quelqu'un de sa " verge ",
celui-ci lui devait obéissance et soumission.
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Pour en revenir aux costumes, ils évoluèrent et
varièrent selon les lieux et les juridictions.
Affaire de culture et de situation dans cette complexe hiérarchie,
l'habit d'huissier passait de la robe de laine à celle de satin noir, du
simple bonnet à la toque de velours à cordon d'or... Jusqu'au plus
empanaché de tous : le premier huissier du Parlement de Paris qui avait
le titre de Maître, la qualité d'écuyer donc de noble et dont le
costume était une robe rouge avec un bonnet de drap d'or, retroussé
d'hermine avec une grosse perle.
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En Janvier 1572, nos officiers perdent l'obligation du port de leur
costume et leurs signes distinctifs se réduisent à un écusson à trois
fleurs de lys visible sur l'épaule et toujours la " verge ".
Parallèlement, ils virent leurs attributions se compartimenter.
Par exemple, à Paris, la juridiction du Châtelet comprenait six sortes
d'huissiers :
- Les huissiers audienciers pour les tribunaux,
- les huissiers à cheval pour les faubourgs et les campagnes,
- les huissiers à pied pour le centre de la ville,
- les huissiers priseurs (les commissaires-priseurs actuels),
- les huissiers à la douzaine ( les gardes du prévôt),
- plus 4 huissiers dit fieffés dépendant uniquement du Châtelet qui
pouvaient exploiter dans tout le royaume.
Au mois de février 1705, un édit réunit
en un seul corps la communauté des huissiers. C'est ainsi qu'ils prirent
tous le titre unique d'huissier. Celui-ci leur permit " d'exploiter
en toute matière dans toute l'étendue du royaume et de résider où bon
leur semblerait ".
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Cette unification s'accompagna d'une réglementation quant à leur nombre.
Jusqu'à l'arrêt du 22 Termidor an 8, chaque tribunal devant indiquer par
un avis le nombre d'huissiers qui lui était nécessaire permettant ainsi
au pouvoir central de reprendre en main cette catégorie professionnelle.
Ainsi apparut une ébauche du statut de l'huissier, renforcée par un décret
impérial, datant du 14 juin 1813. Celui-ci reprenait d'ailleurs certains
textes anciens pour déterminer par exemple le mode de nomination des
huissiers et pour fixer les connaissances requises ainsi que les
attributions exactes de ces officiers.
Si aujourd'hui, l'Huissier de Justice n'exerce plus en costume, la
baguette à la main pour ajourner ou saisir les débiteurs, il reste pénétré
de la grandeur de sa profession et des devoirs qu'elle lui impose dans sa
participation à l'oeuvre de la Justice.
Et le mot de Saint Appronien, patron des huissiers résonne encore, plein
de respect : "Mon dieu, mon dessein est de n'avoir nulle collusion
avec la partie adverse de la mienne, je me propose de ne jamais saisir
chevaux ou ce qui servirait au gain de la vie des débiteurs..."
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